
Une entreprise peut disposer de tous ses équipements, avoir signé ses premiers contrats et pourtant manquer d’argent avant même de recevoir les règlements de ses clients. C’est pourquoi le calcul du besoin de financement ne doit jamais se limiter aux achats nécessaires au démarrage.
Pour déterminer le montant à rechercher, il faut additionner les besoins initiaux, anticiper le besoin en fonds de roulement (BFR) et calculer les décaissements que les premiers encaissements ne permettront pas encore de couvrir. Le résultat doit ensuite être confronté aux ressources réellement disponibles et à leur calendrier de versement.
Cette méthode concerne aussi bien une création d’entreprise qu’un investissement important dans une activité existante. Elle permet de distinguer les dépenses durables, les besoins temporaires et la réserve nécessaire pour absorber un démarrage plus lent que prévu. L’objectif n’est pas d’obtenir le montant le plus élevé possible, mais de demander un financement justifié, disponible au bon moment et compatible avec la capacité de remboursement future.
Calculer le bon montant avant de demander un financement
- Le besoin global comprend les investissements, les frais de lancement, les stocks, le BFR et une trésorerie de sécurité.
- Le plan de trésorerie mensuel révèle le besoin maximal à couvrir, que les prévisions annuelles peuvent masquer.
- Le montant recherché doit résister à un scénario prudent et être financé par des ressources adaptées à la durée des besoins.
- Pourquoi le besoin de financement est-il souvent supérieur au prix des équipements achetés ?
- Comment calculer le montant à financer avant les premières ventes de l’entreprise ?
- Faut-il financer tout son besoin dès le départ ou lever les fonds par étapes ?
- Quels postes oubliés entraînent le plus souvent un besoin de financement supplémentaire ?
- Quand recalculer son besoin de financement avant le lancement effectif ?
- Quelles erreurs rendent un plan de financement peu crédible auprès d’un financeur ?
- Comment répartir 100 000 € de financement entre apport, prêt et autres ressources ?
- Comment bâtir un plan de financement qui évite de sous-estimer les besoins des premiers mois ?
Pourquoi le besoin de financement est-il souvent supérieur au prix des équipements achetés ?
Le prix des équipements représente seulement une partie du besoin de financement d’une entreprise. Pour démarrer, il faut également payer les frais de constitution, les dépôts de garantie, les éventuels stocks et les charges précédant les premières recettes. À ces dépenses s’ajoutent les décalages de paiement et la trésorerie nécessaire pour faire fonctionner l’activité.
Un devis de matériel ne constitue donc pas, à lui seul, un budget de lancement. Un commerçant doit parfois constituer son stock avant l’ouverture. Un prestataire B2B peut devoir régler plusieurs mois de charges avant de recevoir le paiement de sa première facture. Dans les deux cas, l’argent nécessaire dépasse le prix des immobilisations.
La fiche de Bpifrance Création sur le plan de financement initial distingue notamment les investissements, le stock initial, le BFR et la trésorerie de démarrage.
Le BFR traduit un décalage : des dépenses sont engagées pour produire ou vendre, tandis que les encaissements correspondants arrivent plus tard. Dans une présentation simplifiée, il peut se calculer ainsi :
BFR = stocks + créances clients − dettes fournisseurs, en tenant compte des autres postes d’exploitation pertinents selon l’activité.
Un BFR positif signifie qu’une partie du cycle d’exploitation doit être financée. Un BFR négatif peut, au contraire, apparaître lorsque les clients règlent avant que l’entreprise ne paie ses fournisseurs. Il ne faut donc pas attribuer la même proportion de BFR à tous les projets.
À cela s’ajoutent des coûts moins visibles : assurances, domiciliation, honoraires professionnels, frais bancaires, garanties locatives, logiciels ou obligations de conformité. Certains sont payables immédiatement, d’autres plusieurs semaines après le démarrage.
Il faut également distinguer le BFR et la trésorerie de sécurité. Le premier traduit le fonctionnement normal du cycle d’exploitation ; la seconde constitue une réserve face aux retards et imprévus. Ils doivent être articulés sans comptabiliser deux fois le même déficit de trésorerie.
Une fois les différentes catégories de dépenses identifiées, le calcul doit intégrer leur date de paiement. C’est cette dimension temporelle qui permet de déterminer le montant réellement nécessaire avant les premières ventes.
Comment calculer le montant à financer avant les premières ventes de l’entreprise ?
Pour calculer le montant à financer avant les premières ventes, commencez par recenser les dépenses de lancement et les investissements. Construisez ensuite un budget de trésorerie mois par mois, jusqu’à ce que l’activité puisse couvrir durablement ses décaissements. Le montant nécessaire dépend notamment du point le plus bas de la trésorerie projetée et des ressources déjà sécurisées.
La méthode repose sur deux calculs complémentaires. Le premier identifie les besoins durables et initiaux : matériel, aménagements, frais de création, stock, garanties et dépenses nécessaires à l’ouverture. Le second projette les encaissements et les décaissements réels, en intégrant leur calendrier.
Pour chaque mois, il faut appliquer la relation suivante :
Trésorerie de fin de mois = trésorerie de début de mois + encaissements − décaissements.
Les ventes prévisionnelles ne doivent pas être confondues avec les encaissements. Une facture émise en janvier mais réglée en mars ne procure aucune trésorerie en janvier. De même, une dépense comptabilisée sur un exercice peut être réglée à une échéance différente.
Dans un exemple entièrement hypothétique, un projet présente 55 000 € de dépenses initiales, 8 000 € de sorties mensuelles pendant trois mois et seulement 6 000 € d’encaissements sur cette période. Si toutes ces dépenses sont distinctes et qu’aucune autre ressource n’est disponible, le besoin cumulé atteint 73 000 € avant réserve de sécurité : 55 000 € + 24 000 € − 6 000 €.
Ce résultat ne constitue pas un taux de financement applicable à d’autres entreprises. Il illustre la nécessité de calculer les flux réels plutôt que de s’appuyer sur une moyenne annuelle.
La méthode gagne également à comparer trois trajectoires : prudente, réaliste et optimiste. Le scénario prudent peut intégrer des premières commandes plus tardives, un taux de transformation commercial plus faible ou des paiements clients plus longs.
Chaque hypothèse doit être traçable : devis pour les investissements, contrats ou conditions générales pour les paiements, estimation documentée des volumes commerciaux et calendrier des échéances fiscales et sociales.
Le budget doit couvrir les mois précédant les premières ventes, puis ceux pendant lesquels les encaissements restent insuffisants. L’atteinte d’un premier mois positif ne suffit pas si les mois suivants présentent encore des déficits importants.
Le calcul final consiste à identifier le déficit cumulé maximal avant financement, puis à déterminer les ressources complémentaires nécessaires pour conserver le niveau de liquidité minimal retenu. Il faut veiller à ne pas additionner ce déficit à des investissements déjà inclus dans les décaissements.
Ce calcul donne une enveloppe de référence. Reste à déterminer si les fonds doivent être mobilisés intégralement dès le lancement ou mis à disposition progressivement.
Faut-il financer tout son besoin dès le départ ou lever les fonds par étapes ?
Financer tout le besoin dès le départ sécurise les engagements initiaux et limite le risque de rupture de trésorerie. Mobiliser les financements par étapes peut réduire certains coûts et éviter de lever trop tôt des fonds inutilisés. Le choix dépend de la prévisibilité des dépenses, de leur caractère irréversible et de la certitude d’obtenir les financements futurs.
Un financement intégral procure davantage de visibilité. L’entrepreneur sait que les investissements prévus et les premiers mois d’exploitation peuvent être couverts, à condition que les fonds soient effectivement disponibles. Cette approche est particulièrement adaptée lorsque les dépenses sont importantes, rapprochées et difficiles à reporter.
Elle présente néanmoins des contreparties. Un emprunt décaissé intégralement peut générer des intérêts sur des sommes qui ne seront utilisées que plus tard. Une levée de capital trop importante peut également entraîner une dilution précoce de la participation des fondateurs.
À l’inverse, un financement progressif permet d’ajuster les montants aux besoins constatés. Il convient davantage aux projets dont certaines dépenses peuvent être reportées, réduites ou conditionnées à l’atteinte d’étapes commerciales.
La comparaison peut se résumer ainsi :
| Critère | Financement dès le départ | Financement par étapes |
|---|---|---|
| Sécurité de trésorerie | Plus élevée si tous les fonds sont acquis | Dépend des financements ultérieurs |
| Coût potentiel | Coût possible des fonds mobilisés trop tôt | Décaissement ajusté, mais démarches répétées |
| Souplesse | Enveloppe prédéfinie | Adaptation aux résultats et aux besoins |
| Risque principal | Endettement ou dilution prématurés | Absence de financement à une étape critique |
La nature de chaque dépense permet ensuite de choisir les instruments appropriés. Les investissements durables peuvent être financés par les apports, un emprunt à moyen ou long terme ou certaines formules de crédit-bail. Les besoins cycliques peuvent, selon le dossier, mobiliser des délais fournisseurs négociés, de l’affacturage ou des financements de créances.
Les subventions et prêts d’honneur peuvent compléter le montage lorsque le projet remplit leurs conditions d’éligibilité. Leur versement ne doit toutefois pas être anticipé comme une certitude tant qu’il n’est pas suffisamment sécurisé.
Le principal danger d’un financement par étapes apparaît lorsqu’une dépense devient exigible avant l’obtention de la tranche suivante. Même un projet commercialement prometteur peut être fragilisé par ce décalage.
Une solution intermédiaire consiste à sécuriser les besoins incompressibles et la trésorerie minimale de démarrage, puis à programmer les dépenses facultatives selon l’avancement réel de l’activité.
Quels postes oubliés entraînent le plus souvent un besoin de financement supplémentaire ?
Les besoins supplémentaires apparaissent notamment lorsque certaines charges personnelles, fiscales, sociales ou opérationnelles ne figurent pas dans le prévisionnel. La rémunération du dirigeant, les échéances d’emprunt, les avances de TVA, les acomptes fournisseurs et les retards de règlement peuvent dégrader rapidement la trésorerie. Leur impact dépend de leur montant, mais surtout de leur date d’exigibilité.
La première zone de vigilance concerne la rémunération de l’entrepreneur. Un projet peut afficher un résultat encourageant tout en reposant sur l’hypothèse implicite que son fondateur ne se rémunérera pas pendant une période prolongée. Il faut alors vérifier si cette situation est réellement soutenable et intégrer, selon le statut retenu, les charges sociales correspondantes.
La deuxième zone concerne les dépenses qui ne correspondent pas directement à une charge du compte de résultat. Le remboursement du capital d’un emprunt, par exemple, constitue une sortie de trésorerie qui ne se confond pas avec les intérêts comptabilisés en charges.
Le fonctionnement de la TVA mérite également une attention particulière. Un crédit de TVA comptable ne signifie pas nécessairement que le remboursement correspondant a déjà été encaissé. Les éventuels paiements de TVA, crédits reportés ou remboursements doivent être positionnés selon les règles applicables au régime de l’entreprise.
D’autres écarts résultent du cycle d’exploitation :
- Stocks trop importants : des produits payés restent immobilisés plus longtemps que prévu.
- Acomptes fournisseurs : certains achats exigent des avances avant livraison ou production.
- Délais clients : les ventes sont réalisées, mais les règlements interviennent plus tard.
- Charges de seconde vague : adaptations du local, licences supplémentaires ou recrutement anticipé apparaissent après le lancement.
- Échéances périodiques : assurances, obligations administratives et frais récurrents peuvent être concentrés sur certains mois.
Pour les repérer, il est utile de confronter le plan de trésorerie au compte de résultat et au plan de financement. Un bénéfice prévisionnel accompagné d’une trésorerie négative n’est pas nécessairement une anomalie : il peut s’expliquer par les créances clients, les investissements ou les remboursements de dette. En revanche, tout écart inexpliqué doit être analysé.
Une fois ces postes intégrés, les chiffres doivent rester évolutifs. Un budget correctement établi peut en effet devenir insuffisant si les conditions du projet changent avant son lancement.
Quand recalculer son besoin de financement avant le lancement effectif ?
Le besoin de financement doit être recalculé dès qu’un changement important affecte les coûts, les délais, les encaissements ou les ressources disponibles. Trois contrôles sont particulièrement utiles : une estimation au stade de l’idée, une révision lors de la préparation du business plan et une validation finale avant les engagements financiers difficiles à annuler.
Une première estimation permet d’évaluer si le projet paraît finançable. Elle peut encore comporter des hypothèses larges, à condition de les identifier clairement. Le budget devient plus précis lorsque les devis, les conditions du bail, les prévisions commerciales et les modalités de financement sont disponibles.
La dernière révision est particulièrement importante avant la signature d’un bail commercial, la commande d’équipements coûteux ou d’autres engagements générant des dépenses fermes. À ce stade, les montants et les dates doivent correspondre aux documents contractuels.
Plusieurs événements justifient un nouveau calcul :
- Un fournisseur augmente son devis ou exige un acompte supplémentaire.
- Le calendrier d’ouverture ou de livraison est reporté.
- Le régime social ou fiscal retenu modifie les échéances prévisionnelles.
- Les conditions du local changent, notamment les travaux ou les garanties demandées.
- Les premières ventes ou les encaissements attendus interviennent plus tard.
- Une nouvelle obligation sectorielle entraîne des dépenses de mise en conformité.
Dans un exemple hypothétique, si un report de trois mois oblige l’entreprise à supporter 4 000 € de décaissements nets supplémentaires chaque mois, le financement nécessaire peut augmenter de 12 000 €. Ce calcul doit cependant tenir compte des dépenses reportées, des contrats pouvant être suspendus et des encaissements déjà acquis.
Il ne suffit donc pas de déplacer une date dans le prévisionnel : il faut recalculer l’ensemble des flux concernés.
Lorsque le financement est déjà négocié, une hausse des besoins impose d’identifier les marges de manœuvre : report d’un achat, location plutôt qu’acquisition, adaptation du calendrier d’investissement ou recherche d’une ressource complémentaire. Chacune de ces solutions doit être évaluée en tenant compte de son coût total.
Un budget actualisé permet aussi de préparer un dossier plus solide : un financeur doit pouvoir comprendre d’où viennent les montants demandés et comment ils ont été recalculés.
Quelles erreurs rendent un plan de financement peu crédible auprès d’un financeur ?
Un plan de financement perd en crédibilité lorsque ses chiffres ne sont pas cohérents, que les ventes annoncées ne reposent sur aucune justification ou que certaines dépenses essentielles sont absentes. Les financeurs examinent la capacité du projet à rembourser ses dettes et à absorber un démarrage moins favorable que prévu, au-delà de l’apparente rentabilité affichée.
Les erreurs de présentation peuvent déjà susciter des interrogations : montants fortement arrondis sans détail, devis manquants, tableaux utilisant des hypothèses différentes ou absence de correspondance entre les encaissements et les ventes annoncées.
Les erreurs de fond sont plus préoccupantes. Un entrepreneur qui demande uniquement le prix de ses machines sans prévoir la trésorerie de démarrage laisse une partie du projet sans financement identifié. De même, un chiffre d’affaires ambitieux sans étude de marché, commandes, devis acceptés ou démarche commerciale argumentée fragilise le dossier.
La fiche de Bpifrance Création sur le recours au prêt bancaire souligne l’importance des fonds propres, de la cohérence des prévisions et de la capacité de remboursement.
Un financeur cherchera notamment à comprendre :
- Comment les hypothèses de ventes ont été établies et justifiées.
- Si les dépenses initiales et les besoins d’exploitation sont correctement évalués.
- Quelle part du financement est effectivement acquise.
- Comment les échéances de remboursement seront honorées.
- Quelles mesures permettront de réagir en cas de retard commercial.
Il faut également distinguer un apport personnel réellement disponible d’un montant espéré, emprunté ou déjà engagé dans une autre dépense. Un financement présenté comme acquis sans accord suffisamment ferme peut créer une illusion de couverture.
Le test de résistance rend le dossier plus transparent. Il consiste à modifier certaines hypothèses défavorablement, puis à vérifier les conséquences sur la trésorerie et le remboursement de la dette. Il ne garantit pas l’accord d’un établissement, mais permet d’identifier et d’expliquer les risques du projet.
Un plan crédible ne promet pas l’absence de difficultés : il montre comment les ressources disponibles correspondent aux dépenses prévues, même lorsque le calendrier commercial se dégrade.
Comment répartir 100 000 € de financement entre apport, prêt et autres ressources ?
Pour répartir 100 000 € de financement, il faut partir des besoins à couvrir plutôt que d’appliquer un pourcentage d’apport universel. Les investissements durables peuvent mobiliser des fonds propres et un prêt à moyen ou long terme, tandis que les besoins d’exploitation requièrent des ressources adaptées à leur calendrier. Le montage doit ensuite être testé sur la trésorerie prévisionnelle.
Un projet de commerce nécessitant du matériel, un stock et un local ne présente pas la même structure de besoins qu’une entreprise numérique dont les principaux décaissements concernent le développement et les rémunérations. Leur financement peut donc être très différent, même pour un montant global identique.
À titre exclusivement pédagogique, voici une répartition possible de 100 000 €, sans prétendre représenter une condition bancaire standard.
| Origine des fonds | Montant | Rôle envisagé |
|---|---|---|
| Apport personnel ou fonds propres | 30 000 € | Contribuer aux besoins initiaux et renforcer la structure financière |
| Prêt bancaire | 50 000 € | Financer des investissements compatibles avec la durée du prêt |
| Prêt d’honneur | 10 000 € | Compléter les ressources selon l’éligibilité du porteur de projet |
| Autres ressources confirmées | 10 000 € | Compléter le montage selon leur nature et leur disponibilité |
| Total | 100 000 € | Ressources à rapprocher des besoins réels |
Cette combinaison suppose que toutes les ressources complémentaires soient effectivement obtenues. Le statut comptable d’un prêt d’honneur, ses conditions de remboursement et les modalités des autres ressources doivent être distingués de ceux d’un apport en capital.
Bpifrance Création évoque un équilibre proche de 50/50 entre fonds propres et emprunts comme repère général de prudence. Certaines situations peuvent admettre une proportion d’endettement plus importante, mais aucun ratio ne garantit l’obtention d’un prêt.
En France, les alternatives comprennent notamment les prêts d’honneur, le soutien financier des proches, certaines aides territoriales, les subventions sectorielles ou le financement participatif. La fiche de Service Public sur les financements de création et de reprise d’entreprise présente les grandes catégories de ressources mobilisables. Les conditions d’accès doivent être vérifiées auprès de chaque organisme.
Le raisonnement doit aussi porter sur le remboursement. Un prêt plus important peut réduire l’apport initial nécessaire, mais augmenter les décaissements périodiques. Des intérêts et des échéances de capital trop élevés peuvent entraîner une tension de trésorerie alors même que les investissements ont été correctement financés.
Avant d’accepter une répartition, il faut donc vérifier la durée de chaque financement, son coût, les garanties éventuelles et son calendrier de mise à disposition. L’effet de levier de l’endettement doit toujours être confronté à la capacité de remboursement réelle, y compris dans le scénario prudent.
Une répartition cohérente sur le papier reste insuffisante tant que les échéances de versement et de remboursement n’ont pas été intégrées au budget mensuel.
À retenir avant de finaliser le plan
- Un financement équilibré en montant peut rester insuffisant si les fonds arrivent après les dépenses.
- Les documents financiers doivent être cohérents entre eux, sans double comptage des investissements et du BFR.
- Le scénario prudent doit permettre de mesurer la trésorerie minimale et les ajustements nécessaires avant de s’engager.
Comment bâtir un plan de financement qui évite de sous-estimer les besoins des premiers mois ?
Un plan de financement fiable combine un tableau des besoins et ressources initiaux, un budget de trésorerie mensuel et un compte de résultat prévisionnel. Le premier identifie ce qu’il faut financer, le deuxième précise quand l’argent entre et sort, et le troisième évalue la viabilité économique. Leur rapprochement révèle les oublis et les décalages dangereux.
La construction commence par les engagements incompressibles : achats indispensables, frais administratifs, loyers, assurances, garanties et charges d’exploitation nécessaires au lancement. Les montants doivent être associés à des devis ou à des hypothèses explicites, puis affectés aux mois où ils seront effectivement payés.
Les encaissements sont ajoutés ensuite. Ils doivent tenir compte du calendrier commercial, des acomptes clients, des délais de règlement et de la saisonnalité éventuelle. Une vente prévue ne doit jamais être utilisée pour couvrir une échéance antérieure à son encaissement probable.
La fiche de Service Public sur l’étude de marché et le prévisionnel financier présente quatre documents complémentaires : compte de résultat, bilan prévisionnel, plan de financement et budget de trésorerie. Ce dernier suit les mouvements d’argent mois par mois, notamment sur les douze premiers mois dans la structure présentée.
Le budget de trésorerie doit intégrer les échéances fiscales et sociales selon la situation de l’entreprise. Pour la TVA, les cotisations ou les impôts, il convient de déterminer le régime applicable, d’identifier les échéances officielles et de les inscrire dans les mois correspondants. Il serait imprudent d’utiliser un calendrier uniforme pour toutes les formes juridiques et tous les régimes fiscaux.
La réserve de sécurité peut ensuite être dimensionnée en comparant les scénarios. Si le scénario réaliste présente un déficit cumulé maximal de 20 000 € et le scénario prudent un déficit de 32 000 €, l’écart hypothétique de 12 000 € constitue une indication de la couverture supplémentaire nécessaire pour absorber les risques testés. Il ne s’agit pas d’une marge suffisante pour tous les imprévus possibles.
La validation doit porter sur le solde minimal de trésorerie après intégration de tous les financements réellement disponibles et de leurs remboursements.
Checklist pour valider le montant à financer
- Recenser les engagements de départ : établir un tableau des investissements, frais, stocks et garanties avec leur montant, leur date prévue et leur justificatif.
- Construire le calendrier mensuel : produire un budget indiquant, pour chaque mois, le solde initial, les encaissements, les décaissements et le solde final.
- Tester trois scénarios : obtenir trois projections comparables en modifiant les délais de lancement, les ventes et les règlements clients, avec le solde minimal de chacune.
- Rapprocher les documents : disposer d’une feuille de contrôle reliant le compte de résultat, le plan de financement et la trésorerie, en expliquant les écarts.
- Valider les ressources et leur calendrier : produire un tableau des apports, prêts et aides, avec justificatifs, conditions, dates de disponibilité et remboursements prévus.
Une fois les tableaux établis, il faut rechercher le point le plus bas de la trésorerie dans le scénario prudent. Le financement peut être considéré comme suffisant pour les hypothèses testées lorsque ce minimum reste au-dessus du seuil de sécurité retenu, jusqu’à ce que les encaissements d’exploitation couvrent durablement les décaissements correspondants.
Ce contrôle doit également vérifier les échéances ultérieures de remboursement et les éventuels besoins supplémentaires liés à la croissance. Un modèle prévisionnel reste une estimation : il ne supprime ni l’incertitude commerciale ni les risques de dépenses exceptionnelles.
Avant de transmettre une demande de financement, rassemblez le plan initial, le prévisionnel de trésorerie, les hypothèses commerciales et les justificatifs des ressources. Le montant demandé doit correspondre au besoin maximal documenté, augmenté de la sécurité retenue et diminué des fonds déjà disponibles et utilisables aux bonnes échéances.
Quelle différence existe-t-il entre besoin de financement et besoin en fonds de roulement ?
Le besoin de financement global regroupe les ressources nécessaires aux investissements, au lancement et au fonctionnement de l’activité. Le besoin en fonds de roulement correspond plus précisément au décalage financier du cycle d’exploitation, notamment entre stocks, créances clients et dettes fournisseurs. Le BFR constitue donc une composante possible du besoin global, mais ne représente pas son intégralité.
Combien de mois de trésorerie faut-il prévoir au démarrage ?
Il n’existe pas de durée universelle adaptée à toutes les entreprises. Le budget doit couvrir la période pendant laquelle les décaissements risquent de dépasser les encaissements, en tenant compte des délais clients et des échéances à venir. Une projection mensuelle sur douze mois constitue une base de travail utile, à prolonger lorsque le projet n’a pas encore atteint un fonctionnement financier suffisamment stable.
Peut-on demander un prêt bancaire pour financer uniquement la trésorerie ?
Certains financements professionnels peuvent répondre à des besoins de trésorerie, mais leur accès dépend du projet, de la capacité de remboursement, des garanties éventuelles et de la politique de l’établissement. Un prêt d’investissement n’est pas nécessairement adapté à un déficit temporaire d’exploitation. Il faut présenter la nature du besoin et comparer les instruments proposés.
Comment savoir si une aide financière peut être intégrée au plan de financement ?
Une aide doit être analysée selon ses critères d’éligibilité, ses conditions d’attribution et son calendrier de versement. Tant qu’elle reste incertaine, il est prudent de la distinguer des ressources confirmées et de tester la trésorerie sans son encaissement. Une notification d’attribution doit également être examinée pour vérifier ses éventuelles conditions suspensives.
Un projet rentable peut-il avoir besoin d’un financement supplémentaire ?
Oui. Une entreprise peut réaliser des ventes rentables tout en attendant le règlement de ses factures, en finançant davantage de stocks ou en remboursant des emprunts. La rentabilité comptable et la disponibilité de liquidités répondent à deux questions différentes. C’est pourquoi le résultat prévisionnel doit toujours être rapproché du budget de trésorerie.